6e Journée Épistémologie de l’Université de Montpellier

Mardi 30 mai 2017 de 14h à 18h et mercredi 31 mai 2017 de 09h à 13h, UM Faculté d’Éducation, amphi H – accès libre
(place Marcel Godechot — tram 1 Stade Philippidès)

Article associé : Appel à communications affichées (soumissions jusqu’au lundi 1er mai 2017)


À l’Université de Montpellier, l’épistémologie est présente à la fois comme domaine de recherche et comme domaine d’enseignement et de formation, mais elle reste encore peu visible pour la majorité des acteurs de l’université. Organisées à l’UM2 depuis 2012, les Journées Épistémologie ont pour objectif de renforcer cette visibilité. Depuis la création de l’Université de Montpellier qui résulte de la fusion avec l’UM1, ces journées sont désormais nommées les Journées Épistémologie de l’Université de Montpellier.

Cette 6e Journée Épistémologie de l’UM organisée sous le patronnage de l’UFR Faculté des Sciences (et plus spécialement du département DESciRE) s’inscrit dans le prolongement des précédentes journées organisées depuis 2012 par l’UM2 puis par l’UM (cf. 1e Journée 2012 | 2e Journée 2013 | 3e Journée 2014 | 4e Journée 2015 | 5e Journée 2016).

La journée est ouverte à toutes les personnes intéressées (appartenant ou non à l’UM) : enseignants/chercheurs, étudiants, enseignants du secondaire et du primaire, médiateurs scientifiques…

N.B. La « Journée » se déroulera en fait sur deux demi-journées, l’après-midi du 30 mai et la matinée du 31 mai.

Thème de la journée : Les positivismes

Après avoir examiné les relations de l’épistémologie avec la didactique (2014), les modèles (2015), puis la complexité (2016), cette sixième Journée Épistémologie s’intéresse à la variété des positivismes.

Les liens entre les sciences et le positivisme relèvent de l’évidence. Le « positivisme » est apparu au XIXe siècle, à une époque où l’on assiste à une volonté de rationaliser tous les domaines de la société en appui sur les savoirs scientifiques, et ce y compris dans des domaines qui, jusque là, avaient échappé à son emprise à l’instar de celui des valeurs. Il nous paraît utile de rappeler ici la périodisation qu’Auguste Comte, fondateur et figure emblématique du positivisme, établissait dans l’histoire de la pensée : après l’âge religieux auquel succéda l’âge métaphysique, le philosophe annonçait au XIXe siècle l’avènement de l’âge positif auquel accédait enfin l’Humanité en substituant la science, pour comprendre le monde, à toute autre mode d’explication et de représentation. Voici l’âge, selon Auguste Comte, où l’homme s’intéresse au « comment » et non plus au « pourquoi » des phénomènes, comme si l’étonnement philosophique devait céder la place à l’étonnement scientifique.

On peut raisonnablement faire l’hypothèse que cet « avènement de l’âge de la science » n’est pas envisagé de la même manière selon qu’on est philosophe, sociologue, juriste, historien, mathématicien, physicien, biologiste ou économiste. Le positivisme d’Auguste Comte n’est pas celui de Léon Duguit, ni celui de Hans Kelsen, ni même encore celui d’Ernst Mach ou du Cercle de Vienne. Nous tenterons dans le cadre de cette rencontre d’éclairer la question des points de divergence et de convergence entre les différents positivismes. Entre ces différentes traditions, un point de convergence réside dans une commune conception moniste du monde : tandis que les arrière-mondes, ceux à la recherche desquels l’homme est conduit à se poser des questions métaphysiques, ne doivent plus susciter l’intérêt du savant, le regard scientifique ne doit porter que sur un seul monde, celui dont on peut faire l’expérience. La science résout des énigmes dénuées de toute transcendance et apaise l’étonnement en expliquant le déroulement des phénomènes ; elle n’apporte pas de réponse à la question de ce qu’est leur essence intime. Pour autant, il est vraisemblable que les différents positivismes tirent de cette posture des conclusions éthiques et philosophiques diverses.

L’objectif de cette nouvelle édition des journées montpelliéraines d’épistémologie est de mettre en évidence la diversité des positivismes, et d’interroger leurs héritages dans les sciences d’aujourd’hui. Cette rencontre s’articulera autour de trois conférences plénières, trois communications invitées suivies d’une table ronde, et des communications affichées.

Intervenants invités :

Jean Dhombres (historien des mathématiques, D.E.hon EHESS, Centre Alexandre Koyré, Paris)
Annie Petit (Prof. émérite de philosophie, Université Paul Valéry Montpellier)
Mélika Ouelbani (Prof. de philosophe analytique, Universités de Tunis)
Carlos Miguel Herrera (juriste et philosophe, Prof. de droit public, Université de Cergy Pontoise)
Anastasios Brenner (Prof. de philosophie, Université Paul-Valéry Montpellier 3)
Aurélien Barrau (astrophysicien, Prof. Université Joseph Fourier, Grenoble)

Intervenants locaux :
Alexandre Viala (Prof. UFR Droit Montpellier)
Muriel Guedj (LIRDEF UM)
Manuel Bächtold (LIRDEF UM)

Programme de la journée

(sous réserve de modifications de dernière minute)

Mardi 30 mai 2017 après-midi (14h–18h30)

  • 14h00 – Ouverture
  • 14h15 – Introduction aux positivismes, par Manuel Bächtold, Muriel Guedj et Alexandre Viala
  • 15h00 – Conférence plénière par Jean Dhombres : L’épistémologie didactique d’Auguste Comte pour les sciences mathématiques et son influence dans une tradition française au-delà même des « mathématiques modernes »
  • 16h00 – Pause-café et communications affichées
  • 16h30 – Conférence plénière par Annie Petit : Positivisme et scientisme
  • 17h30 – Conférence plénière par Mélika Ouelbani : Le positivisme logique : une attitude
  • 18h30 – Communications affichées et apéritif

Mercredi 31 mai 2017 matinée (9h–13h) – Les positivismes dans les sciences d’aujourd’hui

  • 09h00 – Brèves présentations des communications affichées
  • 09h30 – Communication invitée par Carlos Miguel Herrera : Hans Kelsen est-il positiviste ?
  • 10h00 – Communication invitée par Anastasios Brenner : Pierre Duhem, le positivisme et l’histoire de la cosmologie
  • 10h30 – Communication invitée par Aurélien Barrau : Positivisme, cosmologie et philosophie post-structuraliste
  • 11h00 – Pause-café
  • 11h15 – Table ronde avec les orateurs de la matinée (modération : Muriel Guedj)
  • 12h45 – Clôture (fin de la session à 13h)

Communications affichées

La soumission de résumés est ouverte jusqu’au lundi 1er mai 2017 – cliquer ici pour voir les détails.

Ces présentations sont ouvertes à tous les chercheurs, enseignants-chercheurs, enseignants et étudiants souhaitant présenter leurs recherches ou leurs enseignements. Les contributions attendues peuvent concerner tous les domaines scientifiques dans la mesure où elles relèvent d’une perspective épistémologique. Les pauses permettront aux participants d’échanger avec leurs auteurs. Une version PDF des affiches acceptées sera publiée sur ce site dès réception.


Détails et résumés des présentations orales

Conférences plénières


L’épistémologie didactique d’Auguste Comte pour les sciences mathématiques et son influence dans une tradition française au-delà même des « mathématiques modernes »

Jean Dhombres, Directeur d’Études EHESS honoraire, Paris, Centre Alexandre Koyré

  Père du positivisme, Auguste Comte qui fit ses études de mathématiques « transcendantes » à Montpellier et parlera avec lyrisme de son professeur d’alors, Daniel Encontre, a beaucoup pratiqué l’enseignement. Et beaucoup réfléchi sur ce que cet enseignement pouvait apporter pour favoriser une nouvelle donne intellectuelle et sociale. Il alla même jusqu’à publier un assez indigeste Traité élémentaire de géométrie analytique, qui fut influent jusqu’au Brésil. Comme les tenants des « mathématiques modernes » des années 1960, il tenait au caractère dogmatique de cet enseignement, et cet aspect fut longtemps retenu, ne serait-ce que par les programmes de la IIIe, voire la IVe République. Mais en un sens, à l’encontre des « New math », il se disait indifférent aux recherches mathématiques de son temps, estimant que l’essentiel était de trouver la stabilisation pédagogique des richesses du XVIIe et XVIIIe siècle, notamment de la pleine compréhension de l’apport analytique de Descartes. C’est la notion du bon degré de généralité qui l’intéressait, différent en cela de Laplace ou de Lagrange, tous deux enseignants à l’Ecole normale de l’an III. D’une façon assez contradictoire, il attribuait à la physique une part importante dans la formation même d’un esprit mathématique, notamment en valorisant la Théorie analytique de la chaleur de Fourier. C’est dire qu’il estimait que le calcul, même le plus élaboré, devait recevoir sa motivation du réel, et non de l’habitude des mathématiciens à se focaliser sur certains types de problèmesen majorant les effets de rigueur formelle. Plus qu’à raconter une histoire, c’est à mesurer l’actualité de tels propos que je veux me consacrer, et sans présentisme, faire également ressortir les différences avec nos situations didactiques.


Positivisme et scientisme

Annie Petit, Professeure émérite de philosophie, Université Paul Valéry Montpellier 3

  Entre positivisme et scientisme, l’identité est souvent faite et répétée. Il s’agira ici de montrer que le positivisme n’est pas un scientisme, en tous cas le positivisme originel celui d’Auguste Comte. On rappellera les ambiguïtés des termes « scientisme » et « scientiste », et on évoquera qui et comment confondent ces positions avec celles du positivisme.
  On précisera alors combien et quels que soient les sens donnés au « scientisme », le positivisme comtien se distingue de telles thèses. Comte, polytechnicien et professeur de mathématiques, est certes parti de réflexions sur les sciences. Cependant ce n’est pas aux sciences qu’il a dévolu son travail, mais d’emblée et toujours mieux à leur philosophie et à l’enseignement de celle-ci. Il prend même très vite ses distances par rapport à ceux qui se prétendent savants et qu’il juge le plus souvent comme des « pédantocrates » qui, d’après lui, font de la mauvaise science. Quand plus tard Comte déploie le positivisme en religion, ce n’est en tout cas pas une « religion de la science » mais une religion de l’Humanité dont la science doit être plutôt servante.
  On précisera ces analyses par quelques confrontations avec les positions de quelques contemporains du positivisme comtien – Henri de Saint-Simon, Émile Littré, Ernest Renan et Marcellin Berthelot.


Le positivisme logique : une attitude

Mélika Ouelbani, Professeure de philosophie analytique, Université de Tunis

  Le positivisme logique est un courant philosophique de tradition analytique, qui ne présente pas de doctrine, mais juste une attitude anti-spéculative et une méthode d’analyse de notre discours. Son intention première fut de présenter un programme capable de remplacer une conception métaphysique du monde par une autre scientifique.
  J’essaierai dans un premier temps de tracer ce programme général, ainsi que les manières différentes que les positivistes logiques ont proposé pour le réaliser en essayant d’allier l’empirisme au logicisme. Dans un second temps, je m’intéresserai aux principaux débats qui ont eu lieu au sein même du Cercle de Vienne, à savoir celui entre les partisans du physicalisme et du phénoménalisme et celui entre les partisans du système et les encyclopédistes.
  L’intensité des discussions entre les positivistes logiques et leur diversité a fait que la plupart des critiques qui leur ont été adressées sont passés à côté de leur diversité et de leur évolution. Une relecture des auteurs de ce courant ne serait pas vaine, d’autant plus qu’ils ont laissé leur empreinte sur les épistémologies contemporaines, sans que quiconque ne puisse évidemment s’en réclamer directement.


Communications invitées et table ronde : « les positivismes dans les sciences d’aujourd’hui »

À la suite des exposés, une table ronde réunira tous les intervenants de la matinée, modérée par Muriel Guedj, Maître de Conférence en histoire et didactique des sciences à l’Université de Montpellier


Hans Kelsen est-il positiviste ?

Carlos Miguel Herrera, Professeur de droit public à Université de Cergy-Pontoise

  L’inscription de la “Reine Rechtslehre” (Théorie pure du droit) dans le positivisme fut dès le départ l’objet de multiples questionnements. D’une part, Kelsen prétendait s’éloigner des traditions positivistes précédentes dans le domaine du droit, et cherchait à fonder une nouvelle approche, le positivisme normativiste. D’autre part, ses critiques n’ont pas tardé à considérer qu’il s’agissait d’un positivisme sans positivité, ou, dans le meilleur des cas, un quasi-positivisme. On pourrait ajouter que le projet épistémologique le plus riche qui se développait dans la même aire culturelle, celui du Wiener Kreis, se montrait très méfiant à l’égard d’une théorie dualiste, qui barrait la voie à l’empirisme.
  Répondre donc à cette question suppose au moins deux préalables. Placer l’épistémologie kelsenienne dans le débat de la théorie juridique de son temps, d’une part, et reconstruire le normativisme dans sa complexité philosophico-politique, d’autre part.


Pierre Duhem, le positivisme et l’histoire de la cosmologie

Anastasios Brenner, Professeur de philosophie à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3

  Pierre Duhem refuse de considérer les théories, dans une science telle que la physique, comme livrant une explication profonde des choses. Leur but est simplement de donner une représentation des lois expérimentales. Cette position s’inscrit dans le cadre du positivisme nouveau du début du XXe siècle. Si elle prescrit au physicien de ne pas transcender la méthode expérimentale, elle ne cherche pas à interdire pour autant toute investigation métaphysique. Ainsi, l’œuvre duhémienne offre cette originalité de conjuguer une conception positiviste de la théorie avec une exploration historique des doctrines cosmologiques depuis les origines.


Positivisme, cosmologie et philosophie post-structuraliste

Aurélien Barrau, astrophysicien, Professeur à l’Université Joseph Fourier, Grenoble

Je passerai quelques principes fondateurs du positivisme au crible de la science contemporaine en prenant exemple sur la cosmologie. Je les mettrai également en perspective des propositions philosophiques post-structuralistes pour tenter de montrer que quelques intuitions initiales ont remarquablement résisté à l’épreuve du temps, tandis que d’autres aspects me semblent aujourd’hui difficilement tenables.


Résumés des communications affichées

Lorsque le résumé comporte plusieurs co-auteurs, le nom de l’auteur présentant la communication est souligné. Liste mise à jour le 10 mai 2017.

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L’épistemologie « molle » de l’Anthropocène

Lionel Scotto d’Apollonia
Chercheur associé au LIRDEF Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche en Didactique, Éducation et Formation EA 3749, Universités de Montpellier et Paul-Valéry Montpellier 3

L’Anthropocène, popularisé par Crutzen[1] est un concept[2] visant à définir l’échelle de temps géologique pertinente pour objectiver l’impact de l’Homme sur l’« écosystème terrestre ». Source de controverses, ce concept connaît un succès dans le champ des sciences dites dures tout autant que dans celui des sciences humaines et sociales (SHS). Il est depuis 2009, l’objet d’étude d’un groupe de travail interdisciplinaire (Anthropocène Working Group, AWG) au sein de la très sérieuse Union Internationale des Sciences Géologiques (IUGS).[3] Au regard de la quantité impressionnante de publications, l’Anthropocène s’avère heuristiquement particulièrement fécond. Sommes-nous réellement entrés dans une nouvelle ère géologique ? Ce concept Anthropocène n’est-il pas qu’une coquille épistémologiquement creuse relevant tout au plus d’un mot valise, un « buzz word » ?
  Cette communication apporte des résultats majeurs en s’appuyant sur un cadre d’analyse spécifique aux controverses socioscientifiques.[4] Il est possible de déconstruire le « mille-feuille discursif » de l’Anthropocène et démontrer que :
(1) le concept est porteur d’une profonde ambigüité scientifique et repose sur une épistémologie « molle » ;
(2) qu’il existe un phénomène d’invisibilisation des débats sur le plan épistémologique dans différents espaces de médiations par une partie des chercheurs et plus particulièrement ceux en SHS ;
(3) que sa migration conceptuelle vers les SHS relève d’un hold-up épistémologique et permet de dessiner les contours d’un courant dominant : l’« Anthropostream ».
  Cette communication sera l’occasion de discuter la place de l’épistémologie dans le champ universitaire et de ses apports quant à l’analyse des relations sciences-sociétés et la construction des savoirs scientifiques.

Références

  1. P. J. Crutzen, « Geology of mankind », Nature, 2002, 415: p. 23.
  2. P. J. Crutzen, E. Stoermer, « The ‘Anthropocene’ », Global Change. IGBP Newsletter, 2000, 41: pp. 17‐18.
  3. C. Bonneuil, J.-B. Fressoz, L’Événement Anthropocène. La Terre, l’histoire et nous, Paris: Seuil, 2013.
  4. L. Scotto d’Apollonia, « Ce que parler des controverses veut dire », Revue Hermès, n°73. In: Controverses et communications, D. Wolton, R. Badouard, C. Mabi (dir.), CNRS Éditions, 2015, pp. 129-136.

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Du positivisme au rationalisme appliqué, ce glissement vers le nouvel esprit scientifique du début du XXe siècle est-il également présent dans l’enseignement actuel des sciences ?

Michel Roland
Doctorant à l’IRMP Institut de Recherche en Mathématiques et en Physique, UCL Université Catholique de Louvain-la-Neuve, Belgique ; Professeur de mathématiques et de physique dans le secondaire supérieur

Pour expliciter le glissement de l’esprit scientifique, nous commençons par un parallélisme entre des trilogies issues de la réflexion de trois philosophes des sciences, Auguste Comte (1798–1857), Gaston Bachelard (1884–1962) et Karl Popper (1902–1994).
  La première trilogie est en rapport avec le positivisme et aborde la loi des trois états. La seconde est plus complexe car multiple dans la pensée de Bachelard. Il développe an parallèle dans La formation de l’esprit scientifique trois triptyques particuliers, les trois grandes périodes de la pensée scientifique, les trois états d’un esprit scientifique et les trois états d’âme de ce même esprit. La dernière vise la thèse des trois mondes de Popper.
  Cette dernière trilogie nous permet d’effectuer une digression sur le concept de phénoménotechnique de Bachelard, lien entre trois mondes particuliers (mathématiques, physique, technologique). Nous exploitons alors Le rationalisme appliqué pour monter ce glissement des recherches scientifiques vers ce rationalisme qui sera appuyé sur trois exemples de découvertes (la piézoélectricité, le boson HEB, la nouvelle planète ? ou le laser).
  Pour terminer, nous analysons la situation dans l’enseignement des sciences, plus précisément en physique, afin de répondre au questionnement du titre. Ce questionnement est reformulable en s’interrogeant sur les courants actuels autour de différents concepts (démarche d’investigation, inquiry based, démarche OHERIC, démarche scientifique ou expérimentale, méthode scientifique). L’enseignement des sciences ne risque-t-il pas, par certaines dérives, de nager à contre-courant en passant du rationalisme appliqué au positivisme ? Cette dérive sera illustrée par trois exemples.


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Épistémologie des sciences de gestion, positivisme et rationalisme critique

Philippe Cohard
MRM Montpellier Recherche en Management, EA 4557 Université de Montpellier ; MOMA Institut Montpellier Management ; Labex Entreprendre

Le positionnement épistémologique de la recherche est un incontournable de la thèse en sciences de gestion. Cette recherche du positionnement pousse le doctorant à se documenter via des articles de référence et des manuels de recherche. Ce qui l’amène à constater une présentation fréquente des épistémologies selon les courants positivistes, interprétativistes et constructivistes. Trois courants auxquels est parfois ajouté le courant critique. Ces présentations synthétiques permettent difficilement d’appréhender la richesse et les différences au sein même de ces courants pouvant donner une apparence trompeuse d’uniformité à l’intérieur de ceux-ci. Les présupposés épistémologiques d’opposition, largement évoqués dans la littérature entre positivisme et constructivisme occultent l’existence même de différences significatives à l’intérieur de ces courants. Le positivisme d’Auguste Comte, le néo-positivisme des membres du cercle de Vienne et le rationalisme critique de Karl Popper présentent des différences importantes. Une précision sur les implications de ces courants devrait permettre d’en clarifier le point de vue.


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Naviguer entre général et particulier pour faire de la science : une intuition positiviste

Estelle Blanquet [1], Éric Picholle [2,3]
1. ERCEP3, LACES Laboratoire Cultures Éducation Sociétés, EA 7437, Université de Bordeaux et ESPE d’Aquitaine ; 2. INΦNI Institut de Physique de Nice, UMR 7010 CNRS, Université de Nice Sophia-Antipolis ; 3. CAPEF Centre d’Analyse des Processus en Éducation et Formation, ESPE et Université de Nice Sophia-Antipolis

De l’épistémologie comtienne, on retient volontiers des définitions de la pensée positive, par ce qu’elle n’est pas. Ainsi, la “Loi des trois états“ suggère-t-elle qu’on peut seule considérer comme scientifique une pensée qui n’est plus ni « théologique », ni « métaphysique » et qui renonce à la recherche des causes premières ; de même, le “Système des sciences” vise-t-il à exclure toute vision réductionniste — Comte dit « matérialiste » – d’aucune discipline, chacune ayant ses méthodes propres. La question des critères de démarcation entre science et métaphysique – Popper parle plutôt de critères de scientificité – restera un enjeu majeur du positivisme logique au XXe siècle.
  On peut néanmoins identifier chez Comte des éléments de scientificité explicites, comme la méthode hypothético-déductive ou la recherche de lois robustes. Au-delà de la réaffirmation d’une méthode scientifique déjà présente chez les Modernes, une originalité majeure de la pensée positiviste est son insistance sur une navigation systématique entre général et particulier, théories et modèles prédictifs.
  Nous montrerons en outre que cette exploitation du spectre de généralité constitue un critère de scientificité particulièrement pertinent pour la science scolaire, du fait de son pouvoir discriminant et de son adaptabilité.


Événements associés

• Épistémologie et positivismes à la BU Sciences – acquisition d’ouvrages

En lien avec la 6e Journée Épistémologie UM, la Bibliothèque Universitaire des Sciences fait de nouvelles acquisitions autour du thème des positivismes (voir les références), dont une sélection sera exposée dans le hall RdC de la BU en mai-juin 2017. Ces nouveaux ouvrages viennent enrichir le fonds existant en épistémologie et en Histoire des Sciences, qui se décline en plusieurs axes principaux :
  1. l’épistémologie et toute la réflexion autour de la science et de ses pratiques ;
  2. l’histoire des sciences et des techniques ;
  3. l’histoire des voyages scientifiques ;
  4. un fonds de biographies de scientifiques ;
  5. un petit fonds sur l’histoire de la photographie et du cinéma (à côté des DVD).
…N’hésitez pas à utiliser ces ressources !

• Séminaire HiPhiS – cycle 2017 « Causes, fondements, origines », un mardi par mois à 17h30 à l’UM ou à l’UPV

séminaire inter-universitaire d’Histoire et Philosophie des Sciences
Voir en ligne :  programme HiPhiS 2017

• Agora des savoirs – saison 2016–2017 « Par-delà les frontières », les mercredis à 20h30 jusqu’à mi-mai, Centre Rabelais

Voir en ligne : le programme de l’Agora des savoirs saison 2016–2017

Comité de pilotage et Conseil scientifique

Le Comité de Pilotage assure l’organisation matérielle et scientifique de cette 6e Journée en s’appuyant sur le Conseil Scientifique dont il émane, constitué de chercheurs, d’enseignants-chercheurs de diverses disciplines, ainsi que d’étudiants de l’UM en 2e ou 3e cycle (listes par ordre alphabétique).

Le Comité de Pilotage :

Viviane Durand-Guerrier (UM FdS), Alexandre Viala (UM UFR Droit), coordinateurs scientifiques ;
Manuel Bächtold (UM FdE), Laurent Boiteau (CNRS), Alain Bronner (UM FdE), Isabelle Busseau (CNRS), Elizabeth Denton (BIU Montpellier), Thomas Hausberger (UM FdS), Valérie Munier (UM FdE), Henri Reboul (UM FdS), Nicolas Saby (UM FdS).

Le Conseil Scientifique :

Manuel Bächtold (UM FdE), Robin Birgé (doctorant UM), Laurent Boiteau (CNRS), Thierry Brassac (UM), Anastasios Brenner (UPVM), Alain Bronner (UM FdE), Isabelle Busseau (CNRS), Claude Caussidier (CNRS), Aurélie Chesnais (UM FdE), David Cross (UM FdE), Elizabeth Denton (BIU Montpellier), Gina Devau (UM FdS), Viviane Durand-Guerrier (UM FdS), Daniel Favre (UM FdE), Muriel Guedj (UM FdE), Hélène Hagège (UM FdE), Thomas Hausberger (UM FdS), François Henn (UM FdS), Mirène Larguier (UM), Thierry Lavabre-Bertrand (UM Fac Médecine), Grégoire Molinatti (UM FdE), Valérie Munier (UM FdE), Pascal Nouvel (UPVM), Denis Puy (UM FdS), Henri Reboul (UM FdS), Christian Reynaud (UM FdE), Nicolas Saby (UM FdS), Jean Sallantin (UM), Christian Spitalas (doctorant UM), Alexandre Viala (UM Fac Droit), Sonia Yvain (doctorante UM).

Documents à télécharger

pdfFlyer de la 6e Journée Épistémologie – PDF552.2 Ko

jpgAffiche 6e Journée Épistémologie A4 haute résolution – JPG978.0 Ko

pdfAppel à communications affichées 2017 – PDF155.4 Ko


L’affiche de la journée

Affiche 6e Journée Épistémologie 2017