5e Journée Épistémologie de l’Université de Montpellier

Mardi 7 juin 2016 de 14h à 18h et mercredi 8 juin 2016 de 09h à 13h, UM Polytech, amphi Serge Peytavin – accès libre
(campus Triolet – Faculté des Sciences)

Article associé : Appel à communications affichées (soumissions jusqu’au dimanche 1er mai 2016)


À l’Université de Montpellier, l’épistémologie est présente à la fois comme domaine de recherche et comme domaine d’enseignement et de formation, mais elle reste encore peu visible pour la majorité des acteurs de l’université. Organisées à l’UM2 depuis 2012, les Journées Épistémologie ont pour objectif de renforcer cette visibilité. Depuis la création de l’Université de Montpellier qui résulte de la fusion avec l’UM1, ces journées sont désormais nommées les Journées Épistémologie de l’Université de Montpellier.

Cette 5e Journée Épistémologie de l’UM organisée sous le patronnage de l’UFR Faculté des Sciences (et plus spécialement du département DESciRE) s’inscrit dans le prolongement des précédentes journées organisées depuis 2012 par l’UM2 (cf. 1e Journée 2012 | 2e Journée 2013 | 3e Journée 2014 | 4e Journée 2015). 

La journée est ouverte à toutes les personnes intéressées (appartenant ou non à l’UM) : enseignants/chercheurs, étudiants, enseignants du secondaire et du primaire, médiateurs scientifiques…

N.B. La « Journée » se déroulera en fait sur deux demi-journées, l’après-midi du 7 juin et la matinée du 8 juin.

Thème de la journée : Regards sur la complexité

Après avoir examiné les relations de l’épistémologie avec la didactique (2014), puis avec les modèles (2015), cette cinquième Journée Épistémologie est consacrée à l’appréhension des phénomènes « complexes », qui apparaît depuis plusieurs décennies comme un enjeu stratégique de la rationalité scientifique. La notion de complexité est ainsi au cœur de nombreux domaines scientifiques, qui en font un thème central de leurs programmes de recherche. Au-delà de l’idée sous-jacente que « le tout est plus que la somme des parties », cette notion de « complexité » va, selon les disciplines, impliquer des concepts très variés : information ; systémique ; émergence ; multiplicité (des échelles, des composants, des agents, des interactions, des structures…) ; hétérogénéité ; réseaux ; interdisciplinarité…

En abordant l’épistémologie de la complexité, cette Journée vise à éclairer les questions suivantes :

– La complexité a-t-elle une interprétation unique ?
– Le complexe est-il compliqué ?
– Comment est utilisé le concept de « complexité » dans différents champs scientifiques : mathématique, algorithmique, physique, chimique, biologique, social… ?
– Les problématiques multifactorielles concernant l’Homme (environnement, santé…) gagneraient-elles à s’appuyer sur des théories de la complexité ?
– Quelle place est faite à l’enseignement de la complexité dans les cursus universitaires ?

Il s’agira notamment d’identifier quelles approches de la complexité peuvent être mise en œuvre selon les objets, les questionnements et les finalités recherchées. La Journée s’articulera autour de deux conférences plénières, quatre communications invitées, et des communications affichées.

Programme de la journée

Mardi 7 juin 2016 après-midi

  • 14h00 – Ouverture
  • 14h30 – Conférence plénière par Giuseppe Longo : La complexité comme dépendance du passé et des événements rares, dans les systèmes du vivant
  • 16h00 – Pause-café et communications affichées
  • 16h30 – Communication invitée par Marie-Laure Mathieu : Le mythe de l’ordre juridique ?
  • 17h15 – Communication invitée par Olivier Perru : Le commensalisme et la complexité dans l’histoire des relations interspécifiques en Écologie
  • 18h00 – Communications affichées et apéritif

Mercredi 8 juin 2016 matinée

  • 09h00 – Communication invitée par Jacques Ferber : La complexité – et simplicité – de la modélisation des comportements collectifs par des systèmes multi-agents
  • 09h45 – Communication invitée par Claude Caussidier : Éducation à la santé et complexité
  • 10h30 – Pause-café et communications affichées
  • 11h15 – Conférence plénière par David Chavalarias : Apports des approches systèmes complexes à la compréhension des systèmes sociaux et de leurs dynamiques
  • 12h45 – Clôture

Communications affichées

La soumission de résumés est ouverte jusqu’au dimanche 1er mai 2016 – cliquer ici pour voir les détails.

Ces présentations sont ouvertes à tous les chercheurs, enseignants-chercheurs, enseignants et étudiants souhaitant présenter leurs recherches ou leurs enseignements. Tous les domaines scientifiques sont éligibles dans la mesure où la contribution questionne la notion de complexité, ou son enseignement, d’un point de vue épistémologique. Les pauses permettront aux participants d’échanger avec leurs auteurs.


Détails et résumés des présentations orales

Conférences plénières


La complexité comme dépendance du passé et des événements rares, dans les systèmes du vivant

Giuseppe Longo, Directeur de recherche CNRS émérite, Centre Cavaillès, ENS Paris

  La dépendance à l’histoire, de la dynamique tant présente que future du vivant, est une intuition commune en biologie et en sciences humaines. L’historicité sera entendue en termes de changements de l’espace des possibilités (ce qui est en physique un « espace des phases »), autant que par les rôles de la diversité dans la stabilité structurale du vivant, et des événements rares dans la constitution de l’histoire. Nous visons à une analyse rigoureuse de la « dépendance du chemin suivi » (path dependence) en termes d’invariants et de transformations préservant l’invariance, une méthode propre à la physique, en divergeant cependant dans l’usage de techniques et modèles physico-mathématiques. L’idée est que ces traces invariantes, mais « historicisées » de transformations organismales ou écosystémiques passées contribuent à la compréhension (ou à la détermination théorique) du ou des états présents et futurs des systèmes. Cela amène une forme particulière d’imprédictibilité (ou de stochasticité) en biologie, au cœur de la formation de la nouveauté : les changements d’observables et de paramètres pertinents peuvent aussi dépendre d’événements passés. En particulier, en relation avec les propriétés de la mesure synchrone en physique, on soulignera la pertinence d’un mode de mesure diachronique pour la biologie. Cette analyse peut a fortiori s’appliquer aux dynamiques humaines cognitives et historiques, en même temps qu’elle permet d’étudier quelques propriétés générales de l’historicité en biologie.
Bibliographie et liens

La complexité comme dépendance du passé et des événements rares, dans les systèmes du vivant

Giuseppe Longo, Directeur de recherche CNRS émérite, Centre Cavaillès, ENS Paris

  La dépendance à l’histoire, de la dynamique tant présente que future du vivant, est une intuition commune en biologie et en sciences humaines. L’historicité sera entendue en termes de changements de l’espace des possibilités (ce qui est en physique un « espace des phases »), autant que par les rôles de la diversité dans la stabilité structurale du vivant, et des événements rares dans la constitution de l’histoire. Nous visons à une analyse rigoureuse de la « dépendance du chemin suivi » (path dependence) en termes d’invariants et de transformations préservant l’invariance, une méthode propre à la physique, en divergeant cependant dans l’usage de techniques et modèles physico-mathématiques. L’idée est que ces traces invariantes, mais « historicisées » de transformations organismales ou écosystémiques passées contribuent à la compréhension (ou à la détermination théorique) du ou des états présents et futurs des systèmes. Cela amène une forme particulière d’imprédictibilité (ou de stochasticité) en biologie, au cœur de la formation de la nouveauté : les changements d’observables et de paramètres pertinents peuvent aussi dépendre d’événements passés. En particulier, en relation avec les propriétés de la mesure synchrone en physique, on soulignera la pertinence d’un mode de mesure diachronique pour la biologie. Cette analyse peut a fortiori s’appliquer aux dynamiques humaines cognitives et historiques, en même temps qu’elle permet d’étudier quelques propriétés générales de l’historicité en biologie.

Références (certaines téléchargeables ici)

  • Bailly F., Longo G. Mathematics and the natural sciences – The Physical Singularity of Life. London: Imperial College Press, 2011 (traduction anglaise de: Mathématiques et sciences de la nature – La singularité physique du vivant, Hermann, 2006).
  • Longo G., Synthetic Philosophy of Mathematics and Natural Sciences – Conceptual Analyses from a Grothendieckian Perspective. Speculations (vol. VI), 2015, 207–267.
  • Longo G., Montévil M., Kauffman S., 2012, No entailing laws, but enablement in the evolution of the biosphere. Invited Paper, ACM proceedings of the Genetic and Evolutionary Computation Conference, GECCO’12, Philadelphia (PA, USA), July 7-11, 2012.
  • Longo G., Montévil M., Perspectives on Organisms: Biological Time, Symmetries and Singularities. Dordrecht: Springer, 2014. Longo G., Montévil M., Comparing Symmetries in Models vs. Simulations. To appear In: Springer Handbook of Model-Based Science, (L. Magnani and T. Bertolotti, Eds.) à paraître 2016.
  • Longo G, Montévil M., Sonnenschein C., Soto A. M., In Search of Principles for a Theory of Organisms. Journal of Biosciences, 2016, 40(5), 955–968.
  • Plus de références sur le site personnel de G. Longo

 


Apports des approches systèmes complexes à la compréhension des systèmes sociaux et de leurs dynamiques

David Chavalarias, chercheur CNRS, EHESS, directeur de l’Institut des Systèmes Complexes Paris-IdF

Après un rapide tour d’horizon et une classification des différents types de systèmes complexes, nous nous intéresserons aux concepts issus de leur étude qui peuvent nous aider à mieux comprendre les systèmes sociaux. En particulier, nous nous étudierons l’opposition traditionnelle entre holisme et individualisme méthodologique et les manières de réconcilier ces deux points de vues à travers ce qui a été appelé individualisme méthodologique complexe.


Communications invitées


Le mythe de l’ordre juridique ?

Marie-Laure Mathieu, Professeur de droit à l’Université de Montpellier, Laboratoire de Droit Privé

  Dans ce propos, nous souhaitons retracer les différentes tentatives opérées par les juristes pour « mettre de l’ordre » dans l’ensemble des règles, tant nationales qu’internationales, tentatives qui reposent toutes sur l’idée que cet ordre serait souhaitable et possible. À chaque fois que survient un élément perturbant l’ordre déjà établi, une nouvelle tentative apparaît, semblant révéler un besoin de maîtrise par les hommes de l’objet qu’ils ont créé (le droit), et qui souvent leur échappe, alors que justement l’objectif du droit est de mettre de l’ordre dans les relations entre les hommes…


Le commensalisme et la complexité dans l’histoire des relations interspécifiques en Écologie

Olivier Perru, Professeur à l’Université Lyon 1, laboratoire S2HEP
(co-auteurs : Brice Poreau, Olivier Perru)

  De nombreux textes zoologiques aujourd’hui tombés dans l’oubli et datés approximativement du dernier tiers du XIXe siècle et du premier tiers du XXe siècle évoquent le commensalisme. Leurs auteurs sont : Pierre-Joseph van Beneden, Henri de Lacaze-Duthiers, José-Vincente Barbosa du Bocage, Maurice Caullery, Étienne Rabaud… Le phénomène biologique de commensalisme est complexe et a une histoire mal connue. Dans le monde animal, ce terme désigne la relation où un commensal profite des ressources de son hôte sans lui nuire (comme le pagure et le poisson-clown à l’égard de l’anémone de mer, par exemple) ; ce n’est ni une forme de mutualisme, ni une forme de parasitisme. Outre la biologie animale du XIXe siècle, il y a une question beaucoup plus actuelle dans le domaine médical : le commensalisme microbien, relation au caractère parfois un peu flou entre un hôte, l’être humain par exemple, et de multiples microbes normalement non pathogènes et dont la présence peut parfois être bénéfique, auquel cas ils devraient plutôt être qualifiés de mutualistes.
  Cette redécouverte historique n’exclut pas une approche épistémologique, celle des relations écologiques de non-nuisance. Cela nous ouvre à la question fondamentale d’une possible neutralité dans les relations écologiques et d’un équilibre entre les deux opposés de la nuisance et de l’avantage, du parasitisme et du mutualisme. La question de l’individualité biologique est mise en pleine lumière dans les micro-écosystèmes symbiotiques et jusque dans la symbiose entre l’homme et les micro-organismes qui constituent le microbiote. Le corps humain dans sa totalité correspond-t-il encore à une individualité biologique, peut-on parler d’un « Soi » au plan biologique ? Ou s’agit-il d’un écosystème complexe ? On le voit, parler d’individuation et d’individualité en biologie, cela laisse encore place à une vaste réflexion qui laisse à penser que le corps, s’il implique un processus d’individuation en acte, n’est pas formellement un seul individu : il demeure biologiquement plusieurs.
  L’étude du génome de la flore bactérienne humaine ouvre la voie à une nouvelle compréhension de ce microbiote commensal que nous abritons. Les résultats scientifiques nous ouvrent à un étonnement, à une admiration envers l’évolution de ce réseau d’interactions qui s’établit entre ces très nombreux commensaux. Mais, ce réseau n’évolue-t-il pas au bord du chaos, selon une expression empruntée à Stuart Kauffmann qui en fait une propriété générale des êtres vivants.


La complexité – et simplicité – de la modélisation des comportements collectifs par des systèmes multi-agents

Jacques Ferber, Professeur d’informatique (Intelligence Artificielle) à l’Université de Montpellier, LIRMM

  Les systèmes collectifs animaux et humains, présentent souvent des comportements globaux complexes, comme le mouvement des bancs de poissons, le vol des flamants roses, l’organisation de travail d’une fourmilière, le déplacement de foules ou le fonctionnement de villes.
Pourtant, à partir de la modélisation « multi-agents » – une technique issue de l’intelligence artificielle pour penser et programmer l’intelligence collective d’entités informatiques – il est possible de voir que ces comportements collectifs émergent d’un ensemble de règles simples. Ils résultent de quelques processus fondamentaux de base, que l’on rencontre dans tous les systèmes collectifs (humains y compris). Les propriétés de l’ensemble des interactions peuvent se ramener en effet à l’organisation de processus de rétroaction positives et négatives, qui agissent pour certains au niveau micro et pour d’autres au niveau macro, et qui font appel, surtout dans les sociétés humaines aux traces et représentations sociales qui structurent ces interactions. En prenant appui sur les concepts de l’émergence, il est possible alors de comprendre la simplicité de l’organisation des formes d’intelligence collectives qui sont à l’œuvre dans la nature, ce qui permet d’apporter aussi quelques éclairages sur la complexité des sociétés humaines, au travers de leur modélisation par des techniques multi-agents.


Éducation à la santé et complexité

Claude Caussidier, Directrice de recherche CNRS, LIRDEF, Université de Montpellier
(co-auteurs : Claude Caussidier, France Arboix-Calas)

  Les orientations de la politique éducative de santé s’appuient sur trois principes essentiels : le travail en partenariat avec l’ensemble des acteurs du système éducatif et des partenaires extérieurs, la mise en œuvre de projets transdisciplinaires, et le développement des compétences psychosociales des élèves (recommandations UNESCO, UNICEF, OMS). Toutefois plusieurs études montrent, qu’en France, les enseignants ont du mal à prendre ces trois facteurs en considération dans leur pratique de classe. Jusqu’à présent, l’absence de formation dans le domaine de l’éducation à la santé ne leur permettait pas de l’appréhender dans sa pluralité. Les représentations des enseignants, plutôt axées sur l’information et la transmission de connaissances, pourraient donc constituer un obstacle à la mise en œuvre d’une éducation à la santé en cohérence avec les orientations de la politique éducative de santé. En conséquence, il semble nécessaire d’appréhender cette formation de manière plus globale.
  Nous avons pensé que l’utilisation de la théorie de la complexité d’Edgar Morin (1990) avec ses deux paradigmes de pensée simplifiante et de pensée complexe pourrait être un outil pour la mise en place de cette formation. Notre but a donc été, tout d’abord, d’analyser les représentations des enseignants avec la théorie de la complexité afin de nous assurer que celle-ci nous en permet une évaluation. Dans un deuxième temps, nous avons examiné si les enseignants mettant en œuvre l’éducation à la santé dans leurs classes avaient des représentations spécifiques. Nos résultats montrent que les enseignants réalisant une pratique effective de l’éducation à la santé forment un groupe rassemblé autour de représentations complexes. En revanche, les représentations des enseignants qui ne font pas d’éducation à la santé appartiennent au paradigme de pensée simplifiante, et elles pourraient donc les dissuader de mettre en œuvre l’éducation à la santé dans leurs classes. Nous pensons donc qu’introduire l’épistémologie de la pensée complexe dans la formation des enseignants en éducation à la santé leur permettrait de trouver leur place parmi les autres acteurs de santé publique, et de mettre en cohérence leur pratique de classe avec les recommandations ministérielles.

Résumés des communications affichées

Lorsque le résumé comporte plusieurs co-auteurs, le nom de l’auteur présentant la communication est souligné. Liste mise à jour le 5 juin 2016. Cliquer sur les icônes PDF pour voir les affiches.


[affiche]PDFPDF 217.4 Ko
Analyse épistémologique des études de biologie sur le comportement maternel à travers le prisme du genre

Éléonore Crunchant, Jacques Gleyse
LIRDEF Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche en Didactique Éducation Formation, EA 3749, Université de Montpellier

Pendant des siècles le corps des femmes a été le lieu de justification des inégalités entre les hommes et femmes. Depuis les années 1990, les épistémologies féministes s’intéressent aux processus de constructions des savoirs scientifiques en tant que producteurs de savoirs essentialisants sur la différence des sexes et mettent en valeur le caractère marqué et genré de la recherche scientifique. Ces recherches ont notamment pris la forme de réflexions autour des savoirs situés qui cherchent à redéfinir l’objectivité scientifique. Dans la suite de ce courant, je m’intéresse ici à l’analyse épistémologique des études de biologie sur le comportement maternel. J’utilise ici le genre comme un outil d’analyse qui me permet de révéler ou dévoiler les présupposés de genre qui sous-tendent ces recherches à priori invisibles à un regard supposé neutre, celui de la science. Face à une certaine forme de réductionnisme biologique, je cherche également à discuter de ce qu’une approche complexe qui prendrait forme à travers l’apport d’éléments bio-sociaux tel que le genre peut apporter dans la formulation des questions de recherche ainsi que dans l’interprétation des résultats en biologie fondamentale.


[affiche]PDFPDF 1.11 Mo
Trop simplifier en enseignant la chimie peut-il entraîner les erreurs ?

Françoise Morato-Lallemand, Bernard Mula
Équipe AIME Agrégats Matériaux Interfaces Énergie, Institut Charles Gerhardt – UMR 5253 CNRS, Université de Montpellier

Des concepts complexes sont enseignés en chimie dès la première année de licence. Pour en pallier les difficultés, on utilise souvent des représentations graphiques dont la simplicité apparente masque souvent les « réalités » mathématiques et théoriques qui leur sont liés. C’est en particulier le cas des orbitales atomiques et moléculaires. Ces représentations ayant pour but essentiel d’éviter de faire des calculs mathématiques, on pourrait penser qu’elles permettent à un public étudiant, le plus souvent rebuté par l’abstraction, de comprendre plus rapidement ces notions complexes. Elles semblent au contraire apporter beaucoup de confusions et d’erreurs graves d’interprétations. On donnera dans cette communication quelques exemples de ces confusions. On essaiera d’en analyser les causes et on proposera quelques solutions pour les éviter.


[affiche]noFile
Dire et transmettre le (trop) complexe : entre suspension temporaire d’incrédulité et subjectivités collectives

Estelle Blanquet [1–3], Éric Picholle [3,4]
1. ERCEP3, LACES Laboratoire Cultures Éducation Sociétés, EA 4140, Université de Bordeaux et ESPE d’Aquitaine ; 2. CRHI, Université de Nice Sophia-Antipolis ; 3. CAPEF, Université de Nice Sophia-Antipolis ; 4. LPMC (INφNI), UMR 7336 CNRS, Université de Nice Sophia-Antipolis

Le constat que « les mots nous manquent » pour exprimer dans leur entièreté une situation ou une idée complexes est sans doute une expérience aussi ancienne que le langage, peut-être que l’humanité elle-même. Les plus grands, de Dante à Frege en passant par Giordano Bruno et Leibniz, ont échoué dans leurs tentatives d’invention concrète d’une langue idéale, capable de prendre en compte toutes les dimensions de l’expérience humaine et des relations interpersonnelles et sociales (Picholle, 2013).
Pour autant, depuis tout aussi longtemps certainement, ni les poètes, ni les enseignants n’ont renoncé à transmettre ces expériences et ces idées a priori « trop complexes » pour être vraiment exprimées. C’est ce paradoxe que nous nous proposons d’aborder, sous l’angle d’une part d’un processus cognitif bien identifié par les théoriciens de la littérature (Coleridge 1817 ; Suvin 1977), la suspension volontaire et temporaire d’incrédulité, et d’autre part d’une notion empruntée à la psychanalyse, celle de subjectivité collective, c’est-à-dire de groupe social dans lequel est apparue une communication réussie à propos de l’expérience partagée par ses membres (Klein, 1986 ; Blanquet, 2014).
Nous distinguerons en particulier les cas 1/ d’une expérience authentiquement irréductible à des éléments déjà connus, et donc littéralement impensable dans un cadre paradigmatique, voire une culture donnés, et dont les scientifiques ou les écrivains qui la pressentent d’abord arrivent néanmoins à communiquer une partie de l’essence, une subjectivité collective (SC) ad hoc suppléant les mots et les concepts opératoires en cours d’émergence ; et 2/ de la transmission, par un individu qui les maîtrise déjà, de concepts « trop complexes » pour un apprenant en difficulté, et du contournement des obstacles épistémologiques afférents par une chorégraphie soigneuse de SC de transition.

Références

  • Blanquet, E. (2014). La construction de critères de scientificité pour la démarche d’investigation : Une approche pragmatique pour l’enseignement de la physique à l’école primaire. Thèse de doctorat, Université de Genève. voir en ligne [ext.link]
  • Coleridge, S. (1817). Biographia Literaria. In: Collected Works. Princeton : Princeton University Press, 1983.
  • Klein, G. (1986). Trames et Moirés. Nice : éd. Somnium, 2011.
  • Picholle, É. (2013). « La Sémantique générale, rêve ou cauchemar de science-fiction ? ». In: Science-fiction et didactique des langues, 2e Journées Enseignement & Science-Fiction, ESPE de Nice. Nice : éd. Somnium. pp. 173–191.
  • Suvin, D. (1977). Pour une poétique de la science-fiction. Québec : coll. Genres & Discours, Presses Universitaires du Québec.

[affiche]PDFPDF 1.48  Mo
Questions épistémologiques et didactiques sur la complexité algorithmique : peut-on construire une intuition de la complexité des problèmes et de leur classification en informatique théorique ?

Samuel Juhel, Simon Modeste
IMAG Institut Montpelliérain Alexander Grothendieck, UMR 5149 CNRS, Université de Montpellier

La classification des problèmes est une problématique fondamentale de l’informatique théorique et est le sujet principal de la théorie de la complexité. Elle généralise le concept de complexité des algorithmes pour décrire la complexité algorithmique des problèmes.
Nous aborderons cette notion de complexité algorithmique des problèmes sous l’angle de l’épistémologie et de la didactique des mathématiques et de l’informatique. Notre problématique est d’étudier ce que pourrait être une intuition de la complexité d’un problème (dans le sens algorithmique), et d’envisager des moyens pour la construire, notamment auprès d’un public ne disposant pas des outils permettant pas de définir « rigoureusement » cette notion.
Nous présenterons notre réflexion épistémologique et didactique en analysant deux problèmes classiques d’optimisation en théorie des graphes : le problème de l’arbre couvrant de poids minimum et celui du cycle hamiltonien de poids minimum. Ce choix repose sur l’importante différence de complexité de ces deux problèmes malgré de grandes similarités dans leurs formes et leurs natures, et la relative simplicité de leur formulation. Cela interroge aussi les notions de « compliqué » et de « complexe ».

Événements associés

• Épistémologie et complexité à la BU Sciences – nouveaux ouvrages disponibles !

En lien avec la 5e Journée Épistémologie UM, la Bibliothèque Universitaire des Sciences a fait de nouvelles acquisitions autour du thème de la complexité (voir les références), dont une sélection est exposée dans le hall RdC de la BU en mai-juin 2016. Ces nouveaux ouvrages viennent enrichir le fonds existant en épistémologie et en Histoire des Sciences, qui se décline en plusieurs axes principaux :
  1. l’épistémologie et toute la réflexion autour de la science et de ses pratiques ;
  2. l’histoire des sciences et des techniques ;
  3. l’histoire des voyages scientifiques ;
  4. un fonds de biographies de scientifiques ;
  5. un petit fonds sur l’histoire de la photographie et du cinéma (à côté des DVD).
…N’hésitez pas à utiliser ces ressources !

• Séminaire HiPhiS – cycle 2016 « Simplicité, complexité, globalité », un mardi par mois à 17h30 à l’UM ou à l’UPV

séminaire inter-universitaire d’Histoire et Philosophie des Sciences
Voir en ligne :  programme HiPhiS 2016

• Agora des savoirs – saison 2015–2016 « Le proche et le lointain », les mercredis à 20h30 jusqu’à mi-mai, Centre Rabelais

Voir en ligne : le programme de l’Agora des savoirs saison 2015–2016

Le comité d’organisation

Le comité d’organisation de cette 5e Journée Épistémologie est constitué de chercheurs, d’enseignants-chercheurs de diverses disciplines, ainsi que d’étudiants de l’UM en 2e ou 3e cycle. Dans l’ordre alphabétique :

Manuel Bächtold (UM FdE), Robin Birgé (doctorant UM), Laurent Boiteau (CNRS), Thierry Brassac (UM), Anastasios Brenner (UPVM), Alain Bronner (UM FdE), Isabelle Busseau (CNRS), Claude Caussidier (CNRS), Aurélie Chesnais (UM FdE), David Cross (UM FdE), Elizabeth Denton (BIU Montpellier), Viviane Durand-Guerrier (UM FdS), Daniel Favre (UM FdE), Muriel Guedj (UM FdE), Hélène Hagège (UM FdE), Thomas Hausberger (UM FdS), François Henn (UM FdS), Mirène Larguier (UM), Thierry Lavabre-Bertrand (UM Fac Médecine), Grégoire Molinatti (UM FdE), Valérie Munier (UM FdE), Pascal Nouvel (UPVM), Denis Puy (UM FdS), Henri Reboul (UM FdS), Christian Reynaud (UM FdE), Nicolas Saby (UM FdS), Jean-François Sallantin (UM), Christian Spitalas (doctorant UM), Alexandre Viala (UM Fac Droit), Sonia Yvain (doctorante UM).

Documents à télécharger

pdfFlyer de la 5e Journée Épistémologie – PDF507.5 Ko

jpgAffiche 5e Journée Épistémologie A4 haute résolution – JPG915.5 Ko

pdfAppel à communications affichées 2016 – PDF156.4 Ko


L’affiche de la journée

Affiche 5e Journée Épistémologie 2016