Cycle HiPhiS 2017 : Causes, fondements, origines

Une dizaine de conférences de mars à décembre 2017 – cycle en cours  [prochaine conférence]

…Le fond précédant la forme

  Pourquoi le ciel est-il bleu le jour et noir la nuit ? Pourquoi le climat change-t-il si rapidement depuis le début du XXe siècle ? Expliquer, est-ce justifier ? Derrière ces interrogations figure un moteur essentiel de la démarche scientifique et des relations entre sciences et société : la recherche et des causes et/ou des origines. Dans le prolongement du cycle 2016 sur la complexité, ce nouveau cycle HiPhiS souhaite interroger conjointement deux problématiques majeures et les liens qui les unissent : d’une part la causalité qui met en jeu des lois, règles, ou normes régissant l’enchaînement des phénomènes (déterminismes), d’autre part l’origine qui questionne les commencements, fondements, principes ou causes premières (sources) – la causalité impliquant répétition alors que l’origine ne se répète pas.
  La question de l’origine est au cœur des imaginaires sociaux. Longtemps domaine privilégié de la métaphysique et de la philosophie, elle constitue également une préoccupation des disciplines scientifiques, historiquement d’abord en biologie (origine des espèces ou du vivant) puis en physique (origine du cosmos), l’« origine » présentant ici une bipolarité sémantique que le sens commun a souvent du mal à départir : « commencement » ou « cause première », selon que l’on se place dans une perspective historique ou ontologique. Parallèlement, au tournant du XXe siècle, la recherche des bases ultimes des mathématiques a confronté celles-ci à une véritable « crise des fondements ».
  De son côté, l’acception commune de causalité est parfois malmenée dans certaines disciplines : juridiques (qui privilégient le concept d’imputation), en physique quantique, ou encore dans les processus de chaos déterministe, par exemple. Lorsque de très nombreuses causes sont impliquées dans un phénomène complexe, peut-on en identifier une qui soit déterminante ? Enfin, comment la causalité se distingue-t-elle de la simple corrélation ? On pense par exemple à cette « ontologie aveugle » inhérente aux Big Data, dont l’exploitation automatisée révèle des corrélations d’une précision stupéfiante, sans pour autant identifier des causalités claires ni proposer des théories explicatives à ces corrélations…

Programmation en cours de finalisation, quelques détails à venir – une ou deux conférences viendront éventuellement compléter ce programme.

 


Mardi 07 mars 2017
L’émigration russe : l’exemple du mathématicien Vladimir A. Kostitzin (1883–1963)
   Thomas Perfettini

   Enseignant de mathématiques en CPGE, doctorant en histoire des mathématiques à l’Université Pierre & Marie Curie – Paris 6 (Laboratoire de Probabilités et de Modèles Aléatoires)

17h30 – UM IAE, amphithéâtre Robert Reix (campus Triolet, bât. 29)

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pdfAffiche A3 – PDF442.3 Ko

Invitation conjointe avec l’IMAG – Institut Montpelliérain Alexandre Grothendieck

Résumé :

  La présence de scientifiques dans l’émigration russe en France après les révolutions de 1917 a été peu étudiée en historiographie. Outre les problèmes classiques du déracinement, la place centrale que la société soviétique en construction prétendait donner à la science a pu être une autre source d’hésitation pour des scientifiques envisageant l’exil.
  Parmi eux figure Vladimir Alexandrovitch Kostitzin (1883–1963). Revenu en Russie après ses études en France, il se tourne vers divers domaines de la physique ; sympathisant actif du régime soviétique, il y occupe plusieurs postes importants entre 1919 et 1928, lorsqu’il s’exile définitivement en France, fuyant la dictature stalinienne.
  Privé de position institutionnelle, Kostitzin poursuit ses travaux scientifiques et confirme son attrait pour les applications des mathématiques, notamment à des questions biologiques. Correspondant assidû du mathématicien Vito Volterra (qui préféra comme lui des représentations analytiques « déterministes »), Kostitzin fut également en relation avec des biologistes évolutionnistes tel Georges Teissier à Roscoff, ce qui le plaça dès 1937 aux sources d’une nouvelle discipline, la biologie mathématique.

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L’émigration russe : l’exemple du mathématicien Vladimir A. Kostitzin (1883–1963)

Thomas Perfettini
Enseignant de mathématiques en CPGE, doctorant en histoire des mathématiques à l’Université Pierre & Marie Curie – Paris 6 (Laboratoire de Probabilités et de Modèles Aléatoires)

 

  Cet exposé étudie le cas du mathématicien russe Vladimir Kostitzin, qui résida à Paris à partir de 1928. La présence de scientifiques dans l’émigration russe en France à la suite des révolutions de 1917 est un sujet qui avait été peu étudié par l’historiographie en dehors de la Russie, où elle s’est d’ailleurs appuyée essentiellement sur des sources d’archives locales, et l’exploration des documents présents en France à laquelle je me suis livré depuis quelques années restait encore largement à faire. À l’instar de toute émigration, le déracinement que connurent les dizaines de milliers d’anciens sujets de l’empire russe fuyant le pays par vagues successives soulève de nombreuses questions : quelle place ces personnes allaient-elles occuper dans les pays d’accueil ? Quels rôles pouvaient-ils prendre au sein de ces sociétés entièrement nouvelles pour eux ? Comment survivre à un tel changement de cadre et à l’abandon de tous leurs repères ? Mais pour le cas de certains scientifiques, une interrogation provient en outre de la place centrale que la société soviétique en construction prétendait donner à la science, source d’hésitation supplémentaire pour un voyage sans retour.

  Parmi ces derniers on trouve Vladimir Alexandrovitch Kostitzin (1883–1963). Après avoir suivi des études de mathématiques fondamentales en France, il retourne en Russie et se tourne vers l’astronomie, l’astrophysique et la cosmologie, publie quelques articles d’histoire des sciences et se spécialise également en géophysique. Sympathisant actif du régime soviétique, il occupe plusieurs postes importants après 1919 et devient en 1927 directeur de l’Institut de Physique du Globe de Moscou, mais traverse néanmoins avec difficulté la situation instable et dangereuse du communisme de guerre avant de bénéficier de la relative mais brève accalmie offerte par la NEP (Nouvelle Économie Politique).

  En 1928, quand la dictature stalinienne se met progressivement en place, il réussit à émigrer définitivement en France et perd toutes les positions institutionnelles qu’il occupait alors en URSS. Jusqu’en 1937, il demeure sans poste académique mais continue son travail scientifique qui, peu à peu, prend un nouveau tournant. Confirmant son attrait pour les applications des mathématiques, il s’intéresse de plus en plus à des questions biologiques. Dès lors, il va se trouver au centre d’un réseau de scientifiques engagés dans cette nouvelle discipline qu’est la biologie mathématique. Il y conçoit un rôle pour les mathématiques voisin de celui qu’elles occupent à travers la physique mathématique. À l’instar du mathématicien italien Vito Volterra dont il devient un correspondant assidu, Kostitzin fait appel à des représentations analytiques où l’aléatoire n’entre pas en considération. Il est tout à fait possible, comme certains l’ont évoqué, que sa méfiance envers les probabilités ait été alimentée par les controverses autour d’une interprétation recevable de l’aléatoire par la doxa marxiste-léniniste dont il avait été témoin dans les années 1920 à Moscou. Kostitzin fut également en relation avec certains biologistes évolutionnistes comme Georges Teissier, membre de la station biologique de Roscoff, où son épouse Julie avait travaillé. Ces contacts personnels et professionnels le conduisirent au CNRS dès sa mise en place en 1937 et à la publication la même année d’un ouvrage entièrement consacré à la « biologie mathématique ». Kostitzin fut d’ailleurs avec Volterra, le premier auteur de notes aux CRAS étiquetées « biologie mathématique ».

 

Affiche HiPhiS 2017-03-07 T. Perfettini

Affiche HiPhiS 2017-03-07 T. Perfettini


 


Mardi 28 mars 2017
Origines de la démonstration mathématique
   Gilbert Arsac

   Mathématicien, historien et didacticien des mathématiques, Professeur honoraire à l’Université Claude Bernard Lyon 1

17h30 – UM Polytech, amphithéâtre Serge Peytavin (campus Triolet, bât. 31)

Résumé, affiche

pdfAffiche A3 – PDF432.6 Ko

Invitation conjointe avec l’IMAG – Institut Montpelliérain Alexandre Grothendieck

Résumé :

  Vers les quatrième et troisième siècle avant J-C se produit en Grèce une transformation des mathématiques concrétisée par la rédaction des « Éléments » d’Euclide, le livre le plus diffusé dans le monde après la Bible, et dont l’originalité essentielle est de présenter les mathématiques comme une connaissance logiquement organisée par des démonstrations rigoureuses, ce qu’on ne retrouve dans aucune autre civilisation.Vers la même époque, les Grecs découvrent, et là aussi ils sont les seuls à le faire, les phénomènes d’incommensurabilité en géométrie et d’irrationalité dans le domaine des nombres.
  L’exposé précisera les données historiques et examinera quelle part possible dans ces révolutions peut revenir aux motivations internes aux mathématiques ou aux débats philosophiques généraux dans la Grèce contemporaine.

Affiche HiPhiS 2017-03-28M G. Arsac


 


Mardi 25 avril 2017
La langue peut-elle être l’objet d’une science ?
   Alain Lecomte

   Logicien, Professeur émérite de sciences du langage, Université Paris-8 Saint-Denis

17h30 – UM IAE, amphithéâtre Robert Reix (campus Triolet, bât. 29)

Résumé, affiche

pdfAffiche A3 – PDF371 Ko

Invitation conjointe avec le LIRMM – Laboratoire d’Informatique, de Robotique et de Microélectronique de Montpellier

Résumé :

  Depuis Saussure et son fameux Cours de Linguistique Générale, la linguistique revendique son statut de science autonome. Le structuralisme aurait ainsi jeté les bases d’une reconnaissance de la langue comme objet spécifique (une unité autonome de dépendances internes, disait Hjelmslev) mais la lecture de Saussure s’est révélée non univoque, d’autres textes, publiés bien plus tardivement (en 2002) ont mis en doute la stabilité ontologique de l’objet-langue. D’un autre côté, le Chomsky des années cinquante proposait une véritable mathématisation de la syntaxe sur les traces des découvertes toutes récentes des logiciens (Post, Turing…) sur les langages artificiels. Montague allait même jusqu’à ne faire aucune différence entre ces langages artificiels et nos langues dites « naturelles » (au lieu de « culturelles »). On pouvait donc penser aller sur le chemin de la constitution de la langue comme objet scientifique, puisque même les mathématiques s’y appliquaient. Chomsky néanmoins eut tôt fait de se séparer de cette conception positiviste : la langue n’est plus, à partir des années quatre-vingt, pour lui « l’ensemble récursivement énumérable » des phrases que l’on peut fabriquer au moyen d’un vocabulaire (E-language) mais elle est un organe mental, hautement individualisé (I-language). C’est dire que la science sur laquelle se fonde la linguistique n’est plus la mathématique mais la biologie.

  On peut néanmoins revenir sur ces décisions et les analyser d’un point de vue historique. Même si la langue a un substrat biologique, elle ne tombe pas pour autant du côté du non-mathématisable, ou plus précisément du non-calculatoire. Il est encore possible de concevoir une linguistique calculatoire, même si elle n’est pas forcément attachée à l’idée d’un automate que nous aurions dans la tête, à condition peut-être de reprendre l’hypothèse chère à Sylvain Auroux selon laquelle les structures cognitives sont, en partie au moins, extérieures à l’individu, dépendantes d’instruments externes (dictionnaires, bibliothèques) et de productions sociales des connaissances (littérature, etc). On s’intéressera en ce cas davantage aux structures de l’interaction (dialogue par exemple, si tant est qu’il n’est de langage que pour et par l’interaction dialogique) qu’aux productions d’un sujet isolé.

Affiche HiPhiS 2017-04-25 A. Lecomte


 


Mardi 09 mai 2017
L’origine des maladies mentales
   Bruno Falissard

   Médecin psychiatre, Professeur de santé publique à l’Université Paris-Sud

17h30 – UM Polytech, amphithéâtre Serge Peytavin (campus Triolet, bât. 31)

Résumé, affiche

pdfAffiche A3 – PDF362.6 Ko

Résumé :

  Il est d’usage de dire que les hommes s’interrogent plus souvent sur l’origine possible de leurs malheurs que sur celle de leur bonheur. La pratique clinique le confirme : les patients sont tout autant interpelés par les causes de leur maladie que par leur pronostic, qui pourtant devrait les affecter bien plus directement.

  La question de la causalité en médecine est donc essentielle ; elle soulève cependant de nombreuses difficultés, et ce tout particulièrement en psychiatrie. La psychanalyse a par exemple longtemps proposé des schémas explicatifs à première vue incompatibles ou inconciliables avec les données actuelles proposées par les neurosciences.

  Alors, cause ou origines des maladies mentales, comment y voir un peu plus clair ?

Affiche HiPhiS 2017-05-09M B. Falissard


 


Mardi 13 juin 2017
Quand la biologie se demande “pourquoi ?” : de l’histoire de la métaphore de “programme génétique” à l’evo-devo
   Alexandre Peluffo

   Biologiste de l’évolution et historien, doctorant à l’Institut Jacques Monod, CNRS, Université Paris-Diderot

17h30 – UM IAE, amphithéâtre Robert Reix (campus Triolet, bât. 29)

Résumé, affiche

pdfAffiche A3 – PDF379.8 Ko

Résumé :

  En biologie, la question du “pourquoi ?” est devenue scientifique grâce aux travaux de Darwin. Auparavant, elle fut longtemps l’apanage de la téléologie, étude théologique des causes finales, quatrième et ultime cause d’Aristote. Dans les années 1960, le biologiste Ernst Mayr théorisa ce changement de paradigme autour de la métaphore de “programme génétique” et l’opposition entre les questions de type “comment?”, qui interrogent le fonctionnement et décodage de ce programme, et les questions de type “pourquoi?” qui cherchent à expliquer l’écriture du programme via sa variation et transmission au cours des générations. Au même moment, Jacques Monod et François Jacob, qui venaient de découvrir la transcription, proposèrent la même métaphore et en tirèrent les mêmes conclusions. Je reviendrai sur l’histoire de cette convergence, son importance pour la question des causes en biologie et son lien avec les travaux actuels en Evo-Devo, discipline qui cherche à comprendre comment et pourquoi la biodiversité morphologique a évolué.

(N.B. Virginie Courtier-Orgogozo, initialement programmée à cette date, a dû reporter sa venue pour raison de santé)

Affiche HiPhiS 2017-06-13M A. Peluffo


 


Mardi 20 juin 2017
Les phénomènes émergents en économie – le cas des institutions
   Bernard Walliser

   Économiste, D.R. CNRS émérite, Paris Sciences Économiques, ENS Paris

17h30 – UM IAE, amphithéâtre Robert Reix (campus Triolet, bât. 29)

Résumé, affiche

pdfAffiche A3 – PDF595.7 Ko

Résumé :

  Les phénomènes d’émergence, en sciences physiques ou sociales, renvoient à la difficulté de modéliser des phénomènes macroscopiques à partir des propriétés d’entités microscopiques sous-jacentes. Cette difficulté peut être de nature épistémique ou plus profondément de nature ontologique, au niveau des concepts comme des relations. Un tel phénomène sera illustré par l’apparition spontanée d’institutions dans une société, à l’image du marché ou de la monnaie. Une institution a pour rôle de coordonner les actions des agents face à des défaillances analysables dans le cadre de la théorie des jeux. Toute institution apparaît alors comme une norme de comportement qui supporte tel ou tel équilibre d’un jeu. La genèse de cet équilibre peut se faire par voie éductive (à travers les seuls raisonnements sophistiqués des agents) ou par voie évolutionniste (à travers des processus d’apprentissage des agents).

Bibliographie sommaire :

Aoki, M. (2001). Towards a comparative institutional analysis, MIT Press.
Bicchieri, C., Skyrms, B. eds (1997). The dynamics of norms, Cambridge University Press.
Douglas, M. (1989). Ainsi pensent les institutions, Paris, Usher.
Guala, F. (2016). Understanding institutions, Princeton University Press.
Hayek, F. von (1973). Laws, legislation and liberty, University of Chicago Press.
Lewis, D. (1969); Convention, a philosophical study, Harvard University Press.
North, D. (1990). Institutions, institutional change and economic performance, Cambridge University Press.
Sethi, R. (1999). Evolutionary stability and media of exchange, Journal of Economic Behavior & Organization, 40(3): 233–254.
Sugden, J. (2005). The economics of rights, cooperation and welfare, Oxford, Basil Blackwell.

Affiche HiPhiS 2017-06-20M B. Walliser


 


Mardi 26 septembre 2017
Identifier des causes et des origines dans les sociétés contemporaines : réflexions sociologiques à partir d’objets policiers et sécuritaires
   Cédric Moreau de Bellaing

    Maître de conférences en sociologie du droit et sciences politiques, ENS Paris, EHESS

17h30 – UM Polytech, amphithéâtre Serge Peytavin (campus Triolet, bât. 31)

Résumé, affiche

pdfAffiche A3 – PDF464.0 Ko

Résumé :

  La sociologie contemporaine est confrontée à une interrogation essentielle : que signifie identifier les causes et les origines des phénomènes sociaux dans des sociétés au sein desquelles les opérations d’imputation de causalité et de dévoilement des origines sont devenues des opérations ordinaires, pratiquées par l’ensemble des individus et des groupes sociaux ?
  À partir de l’exemple de recherches sur les questions policières et sécuritaires au cours desquelles de telles questions ont été posées avec acuité, il s’agira de comprendre comment ce trait des sociétés contemporaines affecte le travail du sociologue, étant entendu que celui-ci doit à la fois prendre au sérieux les pratiques et les discours des acteurs à propos desquels il enquête, et produire une analyse qui ne peut pas se contenter de répéter, de manière sophistiquée, ce que les acteurs eux-mêmes thématisent.

Affiche HiPhiS 2017-09-26M C. Moreau de Bellaing


 


Mardi 17 octobre 2017 [conférence reportée au 12 décembre]
La science du droit et la causalité
   Michel Troper

  Juriste, Professeur émérite de droit constitutionnel à l’Université Paris-Ouest Nanterre La Défense, membre honoraire IUF

 


Prochaine conférence


Mardi 14 novembre 2017
Causalité et singularités dans l’espace-temps relativiste
   Éric Gourgoulhon

   Astrophysicien, D.R. CNRS, LUTh Observatoire de Paris

17h30 – UM Polytech, amphithéâtre Serge Peytavin (campus Triolet, bât. 31)

Résumé, affiche

pdfAffiche A3 – PDF344.7 Ko

Résumé :

  La relativité générale, qui a fêté son centenaire en 2015, est toujours la meilleure théorie de la gravitation dans notre univers, aussi bien à l’échelle cosmologique qu’à celle des étoiles ou des planètes. Elle se distingue radicalement de la physique newtonienne par notamment deux aspects : la structure causale de l’espace-temps et l’existence de singularités. À partir de l’exemple des trous noirs, nous nous intéresserons à l’histoire de ces deux concepts, tout au long du XXe siècle. En particulier, nous discuterons de la nature des singularités et des “frontières de causalité” que constituent l’horizon des événements et l’horizon de Cauchy d’un trou noir en rotation. Un autre exemple sera fourni par les tachyons ; il nous permettra d’illustrer comment l’existence d’hypothétiques particules supraluminiques entraînerait une violation de causalité.

Affiche HiPhiS 2017-11-14M E. Gourgoulhon


 


Conférences à venir


Mardi 28 novembre 2017
Sociologie durkheimienne et méthode génétique : l’argument de l’origine comme révélateur des ontologies sociales
   Jean-Christophe Marcel

   Sociologue, Professeur à l’Université de Bourgogne – Dijon

17h30 – UM Polytech, amphithéâtre Serge Peytavin (campus Triolet, bât. 31)

Résumé (affiche à venir)

Résumé :

  Durkheim expliquait dès 1895 dans Les Règles de la méthode sociologique, que pour rendre compte d’un fait social, il faut comparer les différentes formes qu’il présente. Ceci afin de constituer le type le plus rudimentaire pour suivre ensuite pas à pas la manière dont il s’est compliqué. Cette méthode devait selon lui pouvoir donner d’un coup l’analyse et la synthèse d’un phénomène, en montrant à l’état dissocié les éléments qui le composent, et la façon dont ils se sont surajoutés au cours du temps. Ce champ de comparaison était mieux en état selon lui de déterminer les conditions dont dépendent la formation et l’association des éléments d’un phénomène.
  Dans le cas de la question de l’origine sociale de la connaissance de soi et du monde, l’utilisation de la méthode génétique permet de montrer que l’analyse sociologique était, chez Durkheim et ses collaborateurs, non seulement adossée à une conception évolutionniste du devenir des sociétés, mais aussi à une ontologie sociale très particulière pour penser la société. À ce titre, la question de l’origine, au croisement de la réflexion sur la causalité et de la métaphysique, s’avère être ici un bon révélateur des « présupposés », ou axiomes — au sens de proposition indémontrable au fondement d’une théorie — sur lesquels s’est bâti un programme entier de recherche sociologique.

 


Mardi 12 décembre 2017 [nouvelle date – initialement prévue le 17 octobre]
La science du droit et la causalité
   Michel Troper

  Juriste, Professeur émérite de droit constitutionnel à l’Université Paris-Ouest Nanterre La Défense, membre honoraire IUF

17h30 – UM lieu à préciser

Résumé (affiche à venir)

Résumé :

  Le titre de cet exposé peut apparaître comme contenant une contradiction dans les termes. En effet, il existe un courant important qui conteste l’idée même d’une science du droit, mais parmi ceux qui l’admettent, il existe un débat entre les auteurs qui pensent que le droit est une science et d’autres que si le droit lui-même n’est pas une science, il peut être l’objet d’une science spécifique. Dans les deux cas, il ne saurait s’agir d’une science causale. Si, en effet, le droit lui-même est une science, c’est parce que les juristes (notamment les juges) seraient capables de découvrir dans chaque cas la solution juste, mais le processus de la découverte ne devrait rien à l’analyse causale.
  D’autre part, une science du droit devrait se borner à décrire des normes existantes, c’est-à-dire des normes posées par des volontés humaines. Ces volontés sont certes le produit d’une série de causes, mais d’une part, ces causes sont d’ordre sociologique, psychologique ou économique et sont donc en dehors du droit, et d’autre part, elles déterminent seulement le contenu de la volonté et non la normativité. On peut expliquer ainsi la formation de la volonté du législateur, mais non le caractère obligatoire de la loi, qui ne résulte que de la conformité à la constitution, tandis que la constitution elle-même ne saurait être considérée comme la cause de la loi.
  L’introduction de l’analyse causale dans la science du droit serait pourtant d’une très grande importance, à la fois pour réintégrer la science du droit dans le champ des sciences empiriques, permettre de combiner l’approche sociologique et l’approche proprement juridique et résoudre quelques une des difficultés de la théorie du droit. Il s’agit notamment de la coutume et de l’interprétation. La coutume est une pratique répétée, tenue pour obligatoire et qui devient juridiquement réellement obligatoire. Or, si la répétition ou la croyance dans le caractère obligatoire s’explique aisément par des causes sociales ou psychologiques, le caractère réellement obligatoire ne peut s’expliquer ainsi. Il est aujourd’hui largement admis que l’interprétation juridique est, au moins, pour une grande part, une fonction de la volonté et un acte discrétionnaire. Or, si l’interprète est libre de donner au texte applicable la signification qu’il veut, on comprend mal la continuité et la cohérence de la jurisprudence.
  On présentera donc une méthode d’analyse du droit permettant de rendre compte et d’expliquer ces phénomènes.