Cycle HiPhiS 2014 : La fiction et la science : éternels ennemis, éternels complices

7 conférences programmées de février à décembre 2014

Science et fiction constituent deux productions de l’esprit humain qui, au premier abord, paraissent dériver d’activités radicalement opposées. La science produit des images du réel qui se veulent vraies, vérifiables et vérifiées. La fiction produit des images irréelles et assumées comme telles. Quoi de plus opposé, si on s’en tient à cette caractérisation, que la science et la fiction ? Pourtant, un certain nombre d’indices signalent qu’il pourrait bien s’agir là d’une idée aussi naïve que fausse. D’une part, bien sûr, il existe un champ littéraire baptisé justement « science fiction », donc est défini un terme qui allie les deux notions prétendument opposées. D’autre part, de nombreux récits de scientifiques montrent que les processus de découverte mettent en jeu des fictions particulières souvent appelées « expériences de pensée ». Ainsi donc, loin d’être aux antipodes l’un de l’autre, la science et la fiction pourraient bien être aussi solidaires que les deux faces d’une même pièce.

Au cours de ce cycle du séminaires HiPhiS, nous examinerons ces divers aspects du rapport entre science et fiction en parcourant les différents domaines scientifiques. Les mathématiques, libres créations de l’esprit humain, sont-elles des fictions logiques ? Les sciences de la nature – physique, chimie, mathématique – s’appuient-elles sur des productions de l’imagination ? Les sciences humaines sont-elles constituées de discours provisoires sur la société et sur l’homme ? L’univers juridique est-il un monde de représentations et de mensonges utiles ? L’intelligence artificielle est-elle la fiction d’une réalité en train d’advenir ? A travers ces questionnements, nous nous interrogerons à la fois sur les rapports entre les sciences et le réel et sur les dimensions épistémiques du processus de création scientifique.

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04 février 2014
Enquête socio-informatique et fiction computationnelle – retour sur la trajectoire singulière d’un sociologue numérique
   Francis Châteauraynaud

   Sociologue, D.E. EHESS, GSPR Groupe de Sociologie Pragmatique et Réflexive, EHESS Paris

17h30 – UM2 Polytech, amphithéâtre Serge Peytavin (campus Triolet, bât. 31)

Résumé, affiche, diaporama

pdfAffiche A3 – PDF538.8 Ko | pdfDiaporama – PDF4.9 MKo

Invitation conjointe avec l’Agora des savoirs

Résumé :

  Depuis plus d’une dizaine d’années, le logiciel Marlowe, décrit parfois comme une « contre-intelligence artificielle », participe à des travaux de recherche dans le champ de la sociologie des alertes et des controverses. Auteur ou co-auteur de notes, de rapports ou encore de chroniques (comme celles qu’il tient sur son blog), ce sociologue numérique a été conçu par étapes, en combinant différentes traditions analytiques, qui vont de la sémantique discursive à la pragmatique de l’argumentation, en passant par la statistique textuelle et l’analyse de réseaux. Le type de dispositif cognitif qui en résulte peut évoluer dans de multiples directions selon les enquêtes collectives auxquelles il est associé.
  Outre leurs apports heuristiques pour l’analyse de grands corpus de controverses (comme le nucléaire, les OGM, les nanotechnologies ou les gaz de schiste), les technologies littéraires utilisées sont l’occasion d’interroger les cadres épistémiques liés à l’engagement des chercheurs dans les mondes numériques. On examinera en particulier les rapports qu’entretiennent les sciences sociales contemporaines avec différents genres littéraires – au premier chef la science-fiction –, et les effets que produisent les nouvelles formes d’enquêtes collaboratives sur les interactions entre interprètes humains et dispositifs computationnels.

Affiche HiPhiS 2014-02-04 F. Châteauraynaud


 


18 mars 2014
L’inconscient mathématique et la littérature : le cas de Norbert Wiener
   Pierre Cassou-Noguès

   Philosophe des mathématiques, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis

17h30 – UM2 IAE, amphithéâtre Robert Reix (campus Triolet, bât. 29)

Résumé, affiche, diaporama

pdfAffiche A3 – PDF520.5 Ko | pdfDiaporama – PDF189.0 Ko

Résumé :

  Je m’attacherai à interroger le rôle de, et la possibilité de saisir à l’œuvre, l’inconscient en mathématiques et cela par un rapprochement entre les concepts mathématiques et les figures de la littérature.
  Je partirai du commentaire de Freud à la nouvelle de Jensen, « La gradiva », pour discuter de la position de l’inconscient dans le travail mathématique. Dans un deuxième temps, j’examinerai différents textes de Norbert Wiener sur cette question. Norbert Wiener, qui a été d’abord été un mathématicien appliqué, avant d’inventer la « cybernétique » dans l’immédiat après-guerre, s’est livré à des analyses littéraires et autobiographiques sur la nature de la création et des créatures mathématiques. C’est à ces analyses, plutôt qu’à son travail mathématique, que je me réfèrerai.

Affiche HiPhiS 2014-03-18 P. Cassou-Noguès


 


09 avril 2014
Peut-on parler de physique grâce à la fiction ?
   Roland Lehoucq

   Astrophysicien, Chercheur CEA, Centre d’Études de Saclay

16h45 – UM2 IAE, amphithéâtre Robert Reix (campus Triolet, bât. 29) [N.B. horaires et jour inhabituels (mercredi)]

Résumé, affiche, diaporama

pdfAffiche A3 – PDF528.0 Ko | pdfDiaporama – PDF1.4 Mo

Invitation conjointe avec l’Agora des savoirs

Résumé :

  Les voies d’accès à la culture scientifique sont nombreuses et diverses (magazines, émissions radiophoniques ou télévisées, école, musées scientifiques, associations…). Cependant, on oublie souvent que les représentations mentales que le grand public se fait du fonctionnement de la science et des connaissances qu’elle produit sont aussi largement construites à partir des œuvres de fiction, cinématographiques ou littéraires. Ainsi, celles-ci sont un bon point de départ pour aborder les connaissances scientifiques. Elles permettent d’attirer un public ordinairement peu enclin au questionnement scientifique, notamment parmi les plus jeunes. De surcroît, elles attachent les sciences, souvent absentes de la culture générale, à des œuvres qui sont considérées comme en faisant partie. Le but ultime de cette démarche est de réveiller la curiosité, de développer l’esprit critique et la capacité à analyser un problème, de comprendre la méthode scientifique et bien sûr, voire surtout, de s’amuser en apprenant et en pratiquant les sciences. J’exposerai cette démarche en pratique en me fondant sur quelques exemples tirés de la fameuse saga cinématographique Star Wars et du récent blockbuster Avatar. De façon assez étonnante, ce questionnement transforme le spectateur en un « chercheur » dont la démarche intellectuelle se rapproche de celle d’un (astro)physicien…

Affiche HiPhiS 2014-04-09 R. Lehoucq


 


27 mai 2014
Littérature et médecine : les patients ont-ils la parole ?
   Jean-Paul Thomas

   Professeur de philosophie morale, IUFM de Paris-Sorbonne

17h30 – UM1 Faculté de Médecine, Theatrum Anatomicum (rue de l’école de médecine)

Résumé, affiche

pdfAffiche A3 – PDF532.3 Ko

conférence déplacée à la dernière minute en Salle des Actes

Résumé :

  Il n’est bruit que des prérogatives nouvelles des patients : droit à l’information sur leurs maladies, droit à la participation aux décisions médicales. Les relations entre médecins et malades ont-elles réellement changé ? Les patients ont-ils la parole ? Quel est le poids des mots des patients face aux médecins et à la médecine ?
  De Zola à Simenon, de Flaubert à Aragon et à Martin Winckler, cette conférence voudrait évoquer, sur quelques exemples, les modalités et les difficultés d’une longue reconquête – par les femmes, les patients hospitalisés ou les personnes déprimées – de leur droit à la parole.
  Ainsi envisagée, la littérature apporte sa contribution à la philosophie de la médecine.

Affiche HiPhiS 2014-05-27 J.-P. Thomas


 


24 juin 2014 [initialement programmée le 17 juin]
La fiction juridique comme contrariété légitime à la réalité
   Delphine Costa

   Professeure de droit public, Université d’Avignon

17h30 – UM1 Fac de Droit, amphithéâtre 001 (14 rue du Cardinal de Cabrières, bât. 2)

Résumé, affiche

pdfAffiche A3 – PDF833.3 Ko

Invitation conjointe avec le CERCOP | conférence initialement prévue le 17 juin (reportée en raison d’une grève SNCF).

Résumé :

  La fiction juridique est un procédé qui remonte à l’Antiquité et qui a été redécouvert par les savants médiévistes. Ces derniers définissaient la fiction juridique comme une « vérité fausse ». De nos jours, la référence à la vérité reste utile pour distinguer la fiction juridique de procédés mensongers, comme la simulation juridique. Mais la fiction se définit davantage, dans notre système juridique contemporain, comme une inadéquation entre deux éléments de la réalité juridique. Celle-ci ne peut saisir l’infinité des situations factuelles : la fiction doit alors parfois intervenir pour faire entrer de force, mais de façon légitime, une situation factuelle dans une catégorie juridique qui ne lui correspond pas, afin de lui voir appliquer un régime juridique adapté et utile.

Affiche HiPhiS 2014-06-24 D. Costa


 


01 décembre 2014
Mathématiques et fictions chez Leibniz
   David Rabouin

   Philosophe des mathématiques, C.R. CNRS, SPHERE, Université Paris 7 Denis Diderot

17h30 – UM2 Polytech, amphithéâtre Serge Peytavin (campus Triolet, bât. 31) [N.B. jour inhabituel (lundi)]

Résumé, affiche

pdfAffiche A3 – PDF520.7 Ko

Résumé :

  Dans cet exposé, j’aimerais me pencher sur les rapports entres mathématiques et fictions chez Leibniz. Partant du thème bien connu des « fictions utiles », qui lui servait à qualifier les « infiniment petits », en parallèle aux nombres imaginaires, je tenterai de replonger cette expression dans deux contextes moins connus : d’un côté, l’usage des fictions en mathématiques avant Leibniz ; de l’autre côté, la question difficile du maniement de contrefactuels, et plus généralement la manière dont les mathématiques peuvent chez Leibniz croiser des questions de modalité. En quel sens les « fictions utiles » sont-elles des fictions ? Qu’est-ce qui peut en autoriser un usage rigoureux ? Comment les mathématiques, royaume des vérités éternelles et nécessaires, peuvent-elles accorder droit de citer à des entités non-existantes, voire impossibles ? Peut-on trouver d’autres exemples chez Leibniz d’ouverture des mathématiques à des contrefactuels ?

Affiche HiPhiS 2014-12-01 D. Rabouin


 


16 décembre 2014
Les voyages astronomiques au XVIIe siècle sont-ils des expériences de pensée ?
   Hugues Chabot

   Historien des sciences, maître de conférences, S2HEP, Université Claude Bernard Lyon 1

17h30 – UM2 FdS, Salle de Cours SC-1.01 (campus Triolet, bât. 1)

Résumé, affiche

pdfAffiche A3 – PDF633.9 Ko

Résumé :

  Les découvertes réalisées au moyen de la lunette astronomique ont fait du voyage dans la Lune un lieu commun de la littérature et de la philosophie dès le début du XVIIe siècle. Ces voyages imaginaires sont-ils de simples reflets du nouveau savoir scientifique en train d’émerger ? Ne sont-ils pas en outre un moyen d’explorer plus avant certaines conséquences de la révolution copernicienne ? Peuvent-ils êtres alors assimilés à des « expériences de pensée » ? Pour aborder ces questions, j’examinerai plusieurs usages du voyage astronomique de Kepler à Fontenelle.

Affiche HiPhiS 2014-12-16 H. Chabot