Cycle HiPhiS 2012–2013 : Relations et relativisme

6 conférences programmées d’octobre 2012 à juin 2013

Les sciences décrivent des objets et des relations entre ces objets : description de l’électron et de ses relations au temps et à l’espace par le physicien, par exemple, ou description d’une cellule et de ses relations à l’organisme vivant par le biologiste, ou encore description d’un individu et de ses relations à la société pour le sociologue, etc. Ainsi, établir des « relations » entre des objets constitue-t-il un moment essentiel de l’activité scientifique. Peut-être même « son » moment essentiel.

En tout cas, l’épistémologie contemporaine déplace de plus en plus son attention vers cette activité d’établissement de relations. En d’autres termes, elle s’intéresse de plus en plus aux relations et de moins en moins aux objets. Elle souligne le fait que la science contemporaine a mis en évidence, dans tous les domaines, de nouvelles relations. Mais qui dit relation ne dit-il aussi relatif ? Cette nouvelle épistémologie ne débouche-t-elle pas sur un relativisme ?

Cinquante ans après la publication de l’ouvrage « The Structure of Scientific Revolutions » de Thomas Kuhn, ouvrage qui a introduit le relativisme au coeur de l’épistémologie, qu’en est-il de la tension entre positivisme (qui s’intéresse prioritairement aux objets) et relativisme (qui s’intéresse prioritairement aux relations) ? Quel rôle jouent les normes et les valeurs dans cette tension persistante et comment sont-elles fixées ? Qu’en est-il de la présumée « neutralité axiologique » du chercheur (le chercheur est censé être neutre et n’avoir aucune « préférence » pour une version ou pour une autre de la réalité) ? Ces questions méritent d’être posées à la lumière des tendances qui s’affirment actuellement dans l’épistémologie. C’est ce que nous ferons dans le cycle « relations et relativisme ».

Enfin, le séminaire HiPhiS s’associe à la commémoration du centenaire de la disparition de Henri Poincaré (1854–1912), mathématicien, physicien et philosophe. Une conférence lui est plus spécialement consacrée.

Cliquer sur les vignettes pour voir les affiches en grand format.


23 octobre 2012
Henri Poincaré : du mathématicien au philosophe
   Gerhard Heinzmann

   Philosophe et historien des sciences, Professeur à l’Université de Lorraine – Archives Henri Poincaré

17h30 – UM2 Polytech, amphithéâtre Serge Peytavin (campus Triolet, bât. 31)

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Résumé :

  Henri Poincaré n’est pas seulement un grand mathématicien mais l’un des derniers savants universels et un grand philosophe. Je mettrai en relief trois aspects : « l’homme et sa carrière » en donnant un accès aux Archives personnelles de l’année 1881 ; j’exposerai ensuite un des concepts centraux dans l’œuvre de Poincaré : l’hypothèse, pour terminer avec quelques réflexions sur l’interprétation « structuraliste » de la géométrie.

Affiche HiPhiS 2012-10-23 G. Heinzmann


 


18 décembre 2012
Émergence et causalité descendante : une conception relationnelle
   Michel Bitbol

   Philosophe des sciences, D.R. CNRS, ENS Paris

17h30 – 17h45 – UM2 IAE, amphithéâtre Robert Reix (campus Triolet, bât. 29) [dernière minute : conférence déplacée en Salle de Cours SC-16.01, bât. 16]

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pdfAffiche A3 – PDF178.7 Ko |   WebTV UM Vidéo (1:04’11”)

Résumé :

  L’émergence est interprétée dans un cadre de pensée non-dualiste. Aucune distinction entre les niveaux bas et élevé d’organisation n’a à être supposée, mais seulement une dualité de modes d’accès. De surcroît, ces modes d’accès ne sont pas compris comme de simples moyens de révéler des schémas intrinsèques d’organisation : ils sont considérés comme constitutifs (au sens de Kant) de ces schémas. Les niveaux émergents d’organisation, ainsi que les influences causales entre eux, sont dès lors supposés n’être ni illusoires ni ontologiquement réels, mais objectifs au sens de l’épistémologie transcendantale. Cette approche néo-kantienne et relationnelle de l’émergence dissout bon nombre de paradoxes associés aux concepts d’émergence et de causalité descendante, et permet de leur donner sens indépendamment de toute décision concernant l’existence ou l’inexistence d’une hiérarchie de niveaux d’être.

Affiche HiPhiS 2012-12-18 M. Bitbol


 


19 février 2013
Théorie de la relativité et relativité des théories
   Jean-Marc Lévy-Leblond

   Physicien et philosophe, Pprofesseur émérite à l’Université de Nice

17h30 – UM2 FdS, Salle de Cours SC-16.01 (campus Triolet, bât. 16)

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pdfAffiche A3 – PDF199.6 Ko |   WebTV UM Vidéo (2:03’39”)

Invitation conjointe avec l’Agora des savoirs

Résumé :

  « Tout est relatif, comme l’a dit Einstein » n’est évidemment qu’un aphorisme populaire infondé. Il permet néanmoins de s’interroger sur les relations entre la (les?) théorie(s?) de la relativité en physique et le relativisme philosophique.
  On commencera par discuter le paradoxe voulant que la relativité spatio-temporelle, bien que née dans une ambiance idéologique propice au relativisme qui lui a valu son nom, se montre finalement dans ses formes modernes sous un jour inverse, privilégiant la notion d’invariant.
  Mais un second paradoxe surgira alors, renversant la perspective et montrant que, au niveau historique et épistémologique, la conceptualisation et la formulation de la théorie sont bien sujettes à une contingence qu’il serait dommageable d’ignorer.

Affiche HiPhiS 2013-02-19 J.-M. Lévy-Leblond


 


26 mars 2013
Structures et objets : la « vraie » dualité en mathématiques (et ailleurs) ?
   Frédéric Patras

   Mathématicien, D.R. CNRS, Université de Nice Sophia-Antipolis

17h30 – UM2 Polytech, amphithéâtre Serge Peytavin (campus Triolet, bât. 31)

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pdfAffiche A3 – PDF276.5 Ko |   WebTV UM Vidéo (1:47’23”)

Invitation conjointe avec le Colloquium de Mathématiques de l’I3M/UM2

Résumé :

  L’idée de dualité prend des formes multiples. En un sens très général, elle indique une duplicité où les deux éléments se correspondent et, souvent, se complémentent. En mathématiques et en philosophie, l’idée prend des formes plus précises : schématiquement, dualité objet/fonction d’un côté, dualité objet/regard sur l’objet de l’autre. On s’intéressera à la complémentarité de ces deux approches au travers d’une des notions clé du XXe siècle : celle de structure.

Affiche HiPhiS 2013-03-26 F. Patras


 


28 mai 2013
L’amélioration humaine: trois usages, trois enjeux
   Jean Gayon

   Professeur de philosophie, Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne

17h30 – UPV-UM3 site Saint-Charles, salle 125 (rue du Prof. Henri Serre, 1er étage)

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pdfAffiche A3 – PDF615.6 Ko |   WebTV UM Vidéo (1:12’08”)

Résumé :

  Je présenterai un travail qui est le fruit d’une collaboration entre une sociologue (Simone Bateman) et un philosophe (moi-même).
  L’expression « human enhancement » désigne un ensemble d’actions réelles ou projetées qui visent à augmenter les potentialités du corps humain, voire en créer de nouvelles. Ces actions reposent sur une réorientation de techniques biomédicales et s’ouvrent désormais aux technologies convergentes. Nous distinguerons trois usages du terme anglais, en fonction du sens donné à l’adjectif « humain » : amélioration des capacités humaines, amélioration de la nature humaine, amélioration de soi. Ces strates de signification émanent de contextes distincts, mais héritent de courants de pensée anciens. C’est cette collusion d’idées anciennes et de moyens inédits qui s’exprime dans la formule « human enhancement ».
  En conclusion, j’indiquerai le lien entre le mouvement de pensée « human enhancement » et l’histoire de l’eugénisme.

Affiche HiPhiS 2013-05-28 J. Gayon


 


18 juin 2013
Qu’est-ce qu’un gène ? La crise actuelle du concept moléculaire du gène
   Jean Deutsch

   Biologiste, Professeur émérite à l’Université Pierre et Marie Curie – Paris 6

17h30 – UM2 Polytech, amphithéâtre Serge Peytavin (campus Triolet, bât. 31)

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pdfAffiche A3 – PDF615.9 Ko |   WebTV UM Vidéo (1:35’17”)

Invitation conjointe avec l’IGH | Conférence associée à la 2e Journée Épistémologie de l’UM2

Résumé :

  Le concept moléculaire du gène a été défini dans les années 1960 comme « un segment continu d’ADN codant », c’est-à-dire portant un message en nucléotides potentiellement traductible en protéine suivant le « code génétique ». Du fait des avancées de la génétique moléculaire elle-même durant les deux ou trois dernières décennies, ce modèle très simple et très fructueux rencontre des difficultés. Je tracerai rapidement ces problèmes et discuterai principalement de deux points : la différence entre message et information, et l’importance de la syntaxe génomique.

Affiche HiPhiS 2013-06-18 J. Deutsch